Home Le journal de La Maladière (2009) Sport Gilbert Facchinetti: « Jusqu'à ma mort, je serai président! »
Gilbert Facchinetti: « Jusqu'à ma mort, je serai président! » PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Julien Lambert   
Mardi, 28 Avril 2009 17:32
Accidenté lors de son voyage en Moldavie, Gilbert Facchinetti n'en a cure. Footeux dans l'âme, il préfère en sourire et vivre pleinement sa passion.
On le croyait en retrait du monde du football, et pourtant, l'homme ne cesse d'accumuler les kilomètres pour assouvir sa passion de toujours. Dernier fait en date, son voyage à Chisinau, en Moldavie, pour soutenir l'équipe nationale dans sa quête de Mondial sud-africain. Un voyage marqué par un accident qui ne gâche toutefois pas le plaisir de Gilbert Facchinetti, entrepreneur à succès et légendaire président du Neuchâtel Xamax. Interview avec un homme chaleureux qui, à 74 ans, respire toujours autant au rythme du ballon rond.


Gilbert Facchinetti, vous voilà avec une béquille. Que vous est-il arrivé?

C'était en Moldavie, juste avant le match de la Suisse. Je me suis pressé pour prendre un taxi et là, ma hanche a lâché. Je vais devoir me faire opérer le 26 avril. Mais heureusement que je n'étais pas joueur, parce que ça aurait été dur! Je souffrais, mais on a gagné!

La Grèce et Israël il y a quelques mois et la Moldavie à présent. D'où tirez-vous toute cette énergie pour faire des déplacements aussi lointains?

La passion! Je ne regarde pas le temps que je donne pour ça. C'est ce que j'aime. Je vais encore à tous les matchs du Xamax, à domicile ou à l'extérieur. Je n'ai manqué que 4 matchs officiels en 40 ans! Les quatre fois parce que j'étais à l'hôpital et c'est clair qu'avec mon opération, je vais louper un ou deux matchs.

Ne ressentez-vous pas un peu de lassitude au fil des années?

Oh non! Je vis pour le football. Si je n'avais plus ça, je ne serais plus le même. Et je regrette les belles années de passion pour ce sport durant lesquelles les stades suisses étaient pleins.

Que fait l'ancien homme fort du club neuchâtelois aujourd'hui?

Je suis encore très présent dans l'entreprise Facchinetti (entreprise de construction). J'ai délégué, mais je viens chaque jour me tenir au courant de tout. Que je doive venir avec ma béquille, ça m'est égal. Et si quelqu'un a besoin d'un conseil ou de quoi que ce soit, je suis toujours à l'écoute.

Et votre lien avec le football?

Je suis évidemment toujours dans le football puisque je fais, en plus du Xamax, les déplacements avec la Suisse, par exemple. Je suis aussi délégué FIFA et UEFA et président des « Amis des équipes nationales suisses de football ».

Quel rapport avez-vous conservé avec Neuchâtel Xamax?

Je suis toujours président du Neuchâtel Xamax FC, ça fait depuis 1979, donc 30 ans. M. Bernasconi est lui président de la SA du Neuchâtel Xamax. Et moi jusqu'à ce que je meurs, je serai le dernier président!

Quelle est la différence avec la SA?

Tout ce qui est partie élitaire fait partie de la SA. Moi je ne veux plus m'occupFacchinettier de la monnaie, j'en ai assez amené pendant des années et des années. Par l'entreprise, on soutient toujours financièrement le club, mais je ne donne plus directement de l'argent. Ce que je voulais c'est que Bernasconi reprenne la direction à la place de ce Monsieur Pedretti (ndlr. président entre décembre 2003 et juin 2005) qui a voulu nous faire payer tout ce que l'on pouvait. Celui-là, il a fallu l'éliminer et je peux dire que mon ami Sylvio Bernasconi a tout fait pour qu'on reste chez nous.

D'ailleurs, pouvez-vous évaluer le montant que vous avez investi dans le club?

Oh, je pourrais vous répondre exactement ce que vous voulez savoir.

Je vous écoute, à combien de millions se chiffre votre investissement?

Oh je ne vous le dirai jamais. Je vous répondrais simplement que ce sont les plus belles années que j'ai pu vivre avec ma famille puisqu'on a reçu Neuchâtel Xamax pendant 40 ans à la maison, chez nous à Saint-Blaise, pour les préparations de matchs, même pour la Coupe d'Europe. On a une salle prévue à cette effet chez nous, dans notre maison. C'est unique en Europe.

Sous votre ère, Neuchâtel Xamax a vécu deux titres de Champion et quelques belles épopées européennes. Quels sont vos plus beaux souvenirs?

Il y en a deux. Le premier, c'est lors de mes 50 ans. J'étais avec Jean-Jacques Tillmann (ndlr. ancien journaliste sportif à la TSR) à Zürich pour le tirage au sort des quarts de finale de la Coupe d'Europe. Je lui ai dis: tu verras Jean-Jacques, ce sera Neuchâtel Xamax - Real Madrid. Et la première équipe tirée fût Neuchâtel Xamax. Je lui ai alors dis que la prochaine serait le Real Madrid. Et c'est le Real Madrid qui a été tiré comme adversaire. On est alors parti dans un fou rire, c'était génial, un grand moment. On avait en plus battu le Real 2-0 à la Maladière en 1986, mais on s'était fait léser par l'arbitre au retour à Madrid. C'était une terrible désillusion pour nous.

Autre souvenir, en 1986, le 3 juin, on était déclaré Champion Suisse pour la première fois de notre histoire. C'était à Lausanne, un moment extraordinaire puisque mon fils Caryl jouait pour le Lausanne-Sport, et au moment de passer à la TV après le match, je ne cherchais qu'une chose: mon gamin!

Xamax a participé à 5 finales de Coupe de Suisse depuis votre prise de pouvoir, toutes perdues. Est-ce une frustration pour vous?

Ah oui évidemment, surtout que j'ai participé à 9 finales de Coupe de Suisse si l'on compte celles de l'époque où j'étais joueur...

Vous êtes en quelques sortes le reflet inverse du FC Sion, et de son 10/10 en finale de Coupe...

Ah oui sur ce point, c'est clair que j'envie les Valaisans. Mais pour eux, c'est devenu quelque chose de très particulier, et chaque finale gagnée en plus les rend intouchables. Vous verrez, cette année encore ils la gagneront! (ndlr: pronostic avant les demi-finales) C'est toute une mentalité et une fierté cette Coupe pour les Sédunois.

Quel regard portez-vous sur un foot suisse que certains estiment « malade »?

Je ne regrette qu'une seule chose: c'est que pour les grands de ce monde, seul l'appât du gain compte. Malgré que je sois à chaque assemblée générale du football suisse à préconiser un championnat à 14, voir 16 équipes, on continue à abaisser le football suisse à un point tel que les réservoirs de jeunes sont perdus. Il faudrait laisser deux équipes être promues sans en reléguer. Mais je ne sais pas ce qu'ils veulent... attendre les calendes grecques! Ils se disent: ce couillon de Facchi, il a peut-être raison, alors ça commence à venir. Ça fera peut-être avancer le schmilblick.

La Suisse peine en effet à trouver le système qui lui convient. Pensez-vous qu'il y ait de la place pour un football professionnel de qualité avec plus d'équipes?

Bien sûr! Regardez toutes ces villes qui ont un bassin capable d'accueillir une équipe de football et qui ne sont pas là. Les équipes de hockey remplissent les patinoires, pourquoi pas nous? Mais voilà, il y a trop d'égoïsme des grands clubs, il vaut mieux pour eux partager les recettes publicitaires et télévisuelles à 10 plutôt qu'à 14 ou 16. Mais c'est au détriment de la jeunesse. Les clubs n'osent plus aligner de jeunes joueurs, il y a trop de pression avec le classement et la relégation. Maintenant, je vis le foot avec un objectif bien clair: développer la formation des jeunes. Avec le réservoir de juniors qu'on a, il y a quelque chose à faire.

Et plus généralement, que vous inspire l'évolution du football?

L'argent détruit le football. Mais comment voulez-vous l'arrêter? S'il n'y avait pas la crise économique, les Abramovitch à Chelsea, et tous ceux qui ont de l'argent continueraient à détruire le football. L'Angleterre a tous les éléments: l'argent, les supporters, tout. Arsenal arrive à jouer avec 11 nationalités différentes sur le terrain, c'est quand même fort. Mais là, c'est encore l'argent. Les clubs ne privilégient plus leurs propres joueurs, ils achètent à l'étranger les bons joueurs, c'est plus simple. Ce n'est pas normal, il faut qu'on puisse s'identifier à son club.

Comment expliquez-vous la difficulté que rencontre aujourd'hui Neuchâtel Xamax pour remplir son stade?

C'est devenu très difficile pour une raison bien précise: la sécurité. Depuis qu'on a ce nouveau stade, on aurait dû augmenter l'affluence. Il faut bien analyser le problème. Avant, nous avions des groupes de copains, jeunes et plus anciens, un peu partout dans les tribunes, mais ils se retrouvaient dans le stade. Maintenant, les gens n'ont plus de contact entre eux, ils sont dans des secteurs avec des places uniquement assises. Il faut recréer ces groupes.

Pourquoi le club ne prend-il alors aucune initiative pour corriger le tir?

Ça viendra! Il faut fixer des prix qui soient attrayants pour les jeunes. Par exemple, en dessous de 14 ans, on ne devrait pas payer. Il faut que le jeune vienne pour qu'il aime le foot. C'est trop tard pour cette saison, mais il faudra revoir notre système pour la saison prochaine.


Quand Facchi exhorte Hitzfeld

La scène est cocasse. Durant le vol qui conduit les joueurs suisses dans la capitale moldave, Gilbert Facchinetti se lève et prend la parole: « Toi, Othmar, tu étais joueur en Suisse et tu es devenu l'un des plus grands entraîneurs que l'on ait au monde, alors nous n'avons qu'un vœu, un seul: que la Suisse gagne! » Et le mythique président neuchâtelois d'ajouter: « N'oublie pas une chose, c'est qu'avec Neuchâtel Xamax en Coupe d'Europe, on avait joué en Moldavie à Tiraspol, et l'on avait gagné 2-0. Alors l'équipe de Suisse va gagner comme on l'a fait 2-0! Teu Teu Teu! » Devin le Facchi!


« Xamax », c'est quoi?

En football, Neuchâtel va de paire avec « Xamax ». Mais au fond, quelle en est la signification? Il faut remonter en 1912 pour trouver l'origine du mot. A l'époque, quatre jeunes du quartier du Mail veulent former une équipe du Stade de la Maladière. Parmi les initiateurs, on retrouve les frères Max et Jean Abegglen. Surnommé « Xam », Max est à l'origine du nom du club qui naîtra, le FC Xamax-Neuchâtel. C'est par la fusion avec le FC Cantonal Neuchâtel le 16 juin 1970 que le FC Neuchâtel Xamax est créé. Plus forte, la nouvelle entité rejoindra la Ligue A en 1973.
 
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